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vendredi 4 novembre 2016

Lecture: La condition pavillonnaire

J'avais découvert Sophie Divry via "La cote 400", emprunté puisque "La condition pavillonnaire" n'était pas disponible dans ma bibliothèque. Et cette lecture m'avait énormément plu, j'ai donc décidé de continuer sur ma lancée en lisant le premier livre que je visais.

Résumé: La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L'insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l'adultère, l'humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L'héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary... Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ?

J'ai trouvé ce roman très déstabilisant, à la fois par sa forme et par son contenu. Par sa forme d'abord, parce qu'il est écrit à la deuxième personne, le narrateur s'adresse à M-A, l'héroïne du livre. Ca rend de mon point de vue plus difficile de rentrer le roman, on se demande d'abord si le narrateur va intervenir à un moment dans le roman, tel un personnage qui s'adresse à un autre, mais en fait ce n'est pas le cas, et ça crée une distance entre le lecteur et l'histoire.

Par le contenu ensuite: ce livre retrace la vie d'une femme ordinaire, de son enfance de fille unique dans un petit village de l'Isère à sa mort dans son pavillon dans un autre village de la même région. Tellement ordinaire qu'on s'y retrouve: cette femme, M-A s'enferme progressivement dans une routine de vie, elle trouve un fiancé bien sous tout rapport, elle quitte un stage prometteur pour le suive, ils se marient, ont des enfants, elle travaille, gère la maison, les enfants, les courses, tout est sous contrôle, tout est rodé, sans imprévu. Le roman enchaîne les "banalités" de sa vie, comme une énumération sans fin de ce qui fait le quotidien et le destin d'une femme comme les autres. C'est extrêmement réaliste, et extrêmement perturbant aussi, parce que M-A, c'est nous. Ou en tout cas c'est moi: études, rencontre de Mr pendant mes études, mariage, achat immobilier, enfants, boulot, routine, la vie de M-A me renvoie à la mienne, celle si proche de ce que je souhaitais, et pourtant parfois si loin.
M-A va trouver des dérivatifs: elle va tromper son mari, prête à tout laisser tomber pour un homme qui finalement se contente de profiter de la situation, elle va tenter de surmonter sa dépression par des engagements associatifs, du yoga.... La question qu'on peut se poser, c'est qu'est-ce qui différencie une vie parfaite d'une vie ennuyeuse, une vie idyllique sur le papier d'un enfermement à vie?

Peut-être ce livre tombe t'il mal compte-tenu de ma situation actuelle, de mes difficultés au boulot, et à concilier le boulot et la vie perso, de cette sensation parfois d'être bloquée à une place qui n'est pas la mienne, parce qu'on a besoin de mon salaire, parce que sans moi les lessives ne sont pas faites, la maison pas rangée, que si je change que ce soit de travail ou de comportement l'équilibre de la famille en sera bouleversé, et pourtant il me fait aussi réfléchir, parce que je n'ai pas envie de me dire à la fin de ma vie que j'ai subi et non choisi cette vie! (Je vous rassure, je n'en suis pas à trouver des dérivatifs tels que M-A, mais plutôt à prendre mon destin en main et changer de boulot ;-))

Au final, j'ai préféré "La cote 400", moins proche de la vie réelle, mais ça a quand même été une lecture intéressante!

samedi 18 avril 2015

Lecture: La cote 400

Je cherchais à la bibliothèque "La condition pavillonnaire" du même auteur, recommandé dans les pépites 2014-2015 compilées par Galéa, ils ne l'avaient pas, mais j'ai immédiatement été séduite par la quatrième de couverture:


Elle rêve d'être professeur, mais échoue au certificat et se fait bibliothécaire. Esseulée, soumise aux lois de la classification de Dewey et à l'ordre le plus strict, elle cache ses angoisses dans un métier discret. Les années passent, elle renonce aux hommes, mais un jour un beau chercheur apparaît et la voilà qui remet ses bijoux. Bienvenue dans les névroses d'une femme invisible. Bienvenue à la bibliothèque municipale, temple du savoir où se croisent étudiants, chômeurs, retraités, flâneurs, chacun dans son univers. Mais un jour ce bel ordre finit par se fissurer.


Comment résister à un roman qui parle de bibliothèque, qui parle de livres, moi qui depuis que je suis entrée au collège ait fait des différentes bibliothèques, scolaires puis municipales, mon lieu de sortie de prédilection.

Ce récit est très court, 64 pages seulement, mais 64 pages intenses d'un monologue sans retour à la ligne, sans paragraphe, sans respiration, 64 pages qu'on dévore sans s'arrêter, pendus aux lèvres de la narratrice.
Cette narratrice, c'est une bibliothécaire, responsable du rayon "Géographie", dans une ville de province où elle a atterri 25 ans plus tôt pour suivre l'homme dont elle était amoureuse, qui l'a abandonnée, et comble de l'horreur, pour une ingénieure: "J'avais tellement honte: avoir pu aimer un homme capable de trouver du charme à une bureaucrate nucléaire,  quelle barbarie"

Cette femme qui a raté le CAPES et qui est devenue "ouvrière spécialisée, rangeuse de livres, petite main, bip-bip...... ", elle a un avis sur tout: l'organisation de la bibliothèque, la hiérarchie des bibliothécaires, les lecteurs, l'histoire.... et elle nous en fait profiter en même temps qu'à un lecteur qui a passé la nuit à la bibliothèque, et qu'elle a retrouvé endormi dans ses rayons.
Comment ne pas trouver attachante une femme dont l'auteur préféré est Maupassant, une femme pour qui les livres sont tout, une femme qui dit "quand je lis, le peux tout oublier, des fois je n'entends même pas le téléphone", "quand je lis, je ne suis plus seule". Et pourtant, seule, elle l'est, c'est une vieille fille pleine de tocs et de préjugés, qui considère que "c'était bien la peine d'acheter des romans ouzbeks mal traduits et inempruntables si on n'avait pas d'abord tous les livres et les romans de Beauvoir et Maupassant", qui est incapable de sympathiser avec ses collègues qu'elle regarde de haut.

Elle nous ferait presque de la peine, on l'imagine tellement bien, souris grise dans le sous-sol de la bibliothèque, rayon géographie, là où ne se promène pas pas hasard, celle qu'on ne voit pas, la femme invisible qui enregistre les emprunts, et surveille que l'ordre règne dans son domaine, celle qui voudrait bien qu'un de ses visiteurs réguliers, qui lui semble à la hauteur de ses attentes intellectuelles, la regarde!

Ce monologue est captivant, on est totalement plongés dans ce sous-sol, qui nous évoque forcément des souvenirs, parce qu'un jour où l'autre on a tous erré dans ces rayons à la recherche de matière pour un exposé ou un devoir.... Notre bibliothécaire passe du coq-à-l'âne sans jamais nous perdre, déversant dans une oreille disponible sa vision de sa vie, du monde et des autres, au travers du prisme de sa classification de Dewey, et ça a été pour moi une excellente lecture, un vrai coup de coeur.

Alors si vous ne l'avez pas encore découvert, n'hésitez pas à vous mettre à l'écoute de cette femme!