mardi 10 avril 2018

Lecture: Une longue impatience


Recommandé par Galéa et par Séverine, qui en plus m'a gentiment prêté son exemplaire (dédicacé, je suis honorée de sa confiance), ce roman n'est pas resté longtemps dans ma PAL.

Résumé: "C'est l'histoire d'un fils qui part et d'une mère qui attend. C'est un amour maternel infini, aux portes de la folie. C'est l'attente du retour, d'un partage, et le rêve d'une fête insensée. C'est un couple qui se blesse et qui s'aime. C'est en Bretagne, entre la Seconde Guerre mondiale et les années soixante, et ce pourrait être ailleurs, partout où des femmes attendent ceux qui partent, partout où des mères s'inquiètent." 
Une femme perd son mari, pêcheur en mer, elle se remarie avec le pharmacien du village. Son fils, issu de sa première union, a du mal à s'intégrer dans cette nouvelle famille et finit par lui aussi prendre la mer. Commence alors pour la narratrice une longue attente qu'elle tentera, tant bien que mal, de combler par l'imagination du grand banquet qu'elle préparera pour son fils à son retour.

Ce roman est intemporel et universel. Anne est une femme et une mère de marins, son attente est celle de toutes ces femmes qui ont vu partir leurs hommes sur la mer, sa peur celle de toutes celles qui ont prié pour que la mer les leur rende sains et saufs. Peu importe l'époque, peu importe le rivage, elles sont toutes différentes et pourtant toutes semblables, dépendantes d'une mer nourricière qui peut tout leur prendre en un instant.
Mais plus largement, Anne incarne toutes les angoisses des mères du monde, celles qui voient partir leurs enfants, qui espèrent leur retour, ou au moins des nouvelles, celles de les savoir en bonne santé, heureux..... Dans son attente, Anne revient sur ses choix, et sur leurs conséquences sur son fils. Et le constat est sans appel: malgré tous ses efforts, et même si elle a toujours pensé à lui dans ses choix, et tenté de faire le mieux pour lui comme pour les autres, elle n'a pas réussi à ce qu'il trouve sa place dans ce nouveau foyer. Nous voudrions toutes ne jamais avoir à regretter les choix et décisions que nous prenons pour nos enfants, nos actes, nos paroles, mais si nous pouvions revenir en arrière, combien de fois agirions nous différemment? Anne est comme toutes les mères, animée des meilleures intentions, mais cela ne suffit pas toujours.

Les enfants ont leurs désirs propres, et le plus dur est certainement de trouver un équilibre entre ce que l'on pense bien pour eux, et ce qu'ils veulent. Ce roman nous montre la rupture de la confiance et du lien entre une mère et son fils, et c'est ce qui est le plus douloureux pour Anne. Comment passer d'une relation très étroite comme elle l'avait avec son fils après son veuvage, à un silence qui l'étouffe dans ses regrets?
 Louis a fui une maison dans laquelle il ne se sentait plus le bienvenu, la violence d'Etienne est l'élément déclencheur, ce qui va le conduire à ne plus donner de nouvelles. Et c'est ça qui est triste dans cette histoire: le départ de Louis était inéluctable, dès l'enfance il a prévenu sa mère qu'il partirait voir les baleines. Comme bien des hommes, Louis ne résistera pas à l'appel de la mer, qui l'invite à découvrir d'autres horizons. Mais ce départ est une rupture, un déchirement qui ne sera jamais réparé.

Cette rupture avec son fils, ce déchirement va générer chez Anne un déchirement intérieur, elle va devenir double: d'une part l'épouse et la mère, qui fait bonne figure, qui s'occupe de ses autres enfants, de son mari, et de l'autre la mère inquiète qui attend son enfant, qui l'espère sans savoir si un jour elle le reverra. Mais qui pourrait supporter cette attente, ce silence, sans en souffrir? Anne va s'user à espérer, s'éteindre sans se plaindre, en tentant de maintenir la flamme de l'espoir.

Ce roman est magnifique, tout en délicatesse, on accompagne Anne jusqu'au bout dans sa souffrance, en espérant avec elle, en revivant avec elle ce qui a conduit à cette attente si bouleversante. Une très belle lecture!

dimanche 8 avril 2018

Lecture: Un clafoutis aux tomates cerises


Résumé: Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décode d'écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l'hiver, d'évènements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l'Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches. La liberté de vie et de ton est l'un des privilèges du très grand âge, aussi Jeanne fait-elle ce qu'elle veut - et ce qu'elle peut: regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, s'amuser des mésaventures de Fernand et Marcelle, le couple haut en couleurs de la ferme d'à côté, accueillir - pas trop souvent - ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine.....

Ce livre était dans ma PAL depuis quelques temps, l'avis de Bianca m'a poussé à l'en sortir, et je ne l'ai pas regretté!

Jeanne est une personne âgée comme on voudrait tous le devenir: elle a toute sa tête, même si elle craint d'avoir Alzheimer, elle est plutôt en forme, continue de conduire, de voir ses amies, de recevoir toute sa famille, et ce à 90 ans!

C'est une véritable chance, il faut le reconnaître, de vieillir comme ça. Parce que malheureusement j'ai bien des exemples autour de moi de personnes d'un certain âge qui sont malades, qui perdent la mémoire et la tête, qui perdent leur autonomie et leur indépendance. C'est triste et c'est dur, pour eux comme pour leur entourage: pour eux d'abord, quand ils déclinent physiquement en gardant toute leur tête, car il leur faut accepter de devenir dépendants, de devoir demander et accepter de l'aide, de devenir un "poids" pour ceux qui les entourent, car c'est souvent ainsi qu'ils se voient. Pour leur entourage aussi, parce que les enfants deviennent d'une certaine façon les parents de leurs parents, les rôles s'inversent, et que ce n'est pas toujours simple à gérer. Le pire étant de voir ses proches perdre la mémoire, perdre le lien avec leur entourage, devenir étrangers à leur vie. Ce qui rend parfois notre futur un peu angoissant. Combien de fois ma mère m'a dit; "j'espère qu'on ne pèsera pas sur vous comme ça". Car nos parents n'ont pas vécu ça avec leurs grands-parents, souvent partis plus tôt, et se retrouvent confrontés à une situation qu'ils n'imaginaient pas forcément, avoir à s'occuper de leurs parents. Et même si ils font ça de bon cœur, ce n'est pas toujours facile, ça n'a pas toujours été anticipé. Ma génération va pouvoir anticiper, mais cela ne rendra pas plus facile pour autant de supporter le déclin des proches.

Alors ce roman, c'est une petite pincée d'espoir, qui donne malgré tout envie de vieillir. Car Jeanne est délicieuse, une grand-mère comme on en voudrait tous. Elle est attendrissante quand elle prépare ses petits choux au fromage en avance, quand elle se heurte au progrès qu'elle ne comprend pas, mais n'ose pas le signifier pour ne pas embêter (et se faire embêter). Cette année durant laquelle on la suit nous permet de l'accompagner dans cette vieillesse qui la prive au fur et à mesure de ses amies, mais aussi petit peu par petit peu de tout ce qui a fait sa vie, conduire sa voiture, aller faire ses courses, voyager, tout devient progressivement plus compliqué, sans heurts mais inexorablement. Mais c'est aussi l'occasion de revenir avec elle sur les bons et les mauvais moments de sa vie passée (j'ai adoré les anecdotes sur sa belle-mère), de partager ses petits instants de bonheur, sa vie au quotidien, ses petits verres entre amies et ses apéros relevés, les débarquements impromptus de la voisine, le choix des fleurs et les passages au potager....

Des pages toutes en délicatesse, que j'ai dévoré avec grand plaisir, à consommer sans modération!

mercredi 28 mars 2018

Lecture: Poulets grillés


Je cherchais des romans policiers pour me détendre, et je suis tombée par hasard sur ce livre, dont la couverture m'a intriguée. Le résumé a fait le reste et je suis repartie avec le roman sous le bras.

Résumé: Lorsque le divisionnaire Buron décide de faire briller les statistiques du 36, il regroupe dans une brigade dont il confie le commandement à la commissaire Anne Capestan, reine notoire de la bavure, tout ce que la police judiciaire compte d’alcoolos, d'homos, de porte-poisse, d'écrivains, de crétins......pour élucider des affaires classées. Mais voilà, Capestan aime enquêter, travailler en équipe, et, surtout, contrarier sa hiérarchie.

Une équipe improbable, des affaires vieilles de plusieurs années, tout était réuni pour que la brigade échoue. Mais c'est sans compter sur la volonté de son commissaire, bien décidée à ne pas rester confinée dans son placard et à montrer de quoi ils sont capables.

Roman policier plein d'humour, avec des personnages certes rocambolesques mais attachants, entre l’alcoolique mondain, le rencardeur de la presse, la scénariste, le porte-poisse, le boeuf-carotte, le fou du volant....Privée de moyens d'actions officiels, la commissaire va mettre à profit toutes les compétences de ses troupes pour parvenir à ses fins, n'hésitant pas à braver sa hiérarchie pour boucler ses enquêtes. Et prouver que même bancale, sa brigade mérite sa place au sein du 36!
Une telle accumulation de bras cassés aurait pu faire "faux", mais ça fonctionne, j'ai accroché avec cette équipe hors du commun. Ca a un petit côté "Département V" à la française, mais en plus léger, en moins noir, l'humour y est plus présent et donne un véritable côté décalé à ce roman qui reste néanmoins un vrai roman policier, avec des enquêtes qui tiennent la route.

Ce roman se lit facilement, on est loin des romans policiers sombres qui vous minent le moral, là c'est sourire et détente garantis, parfait pour un petit moment de lecture sans prise de tête! Je n'hésiterai pas à emprunter la suite lors de mon prochain passage à la bibliothèque.

mardi 27 mars 2018

Lecture: La salle de bal


J'avais beaucoup aimé le premier roman d'Anna Hope, c'est donc sans hésitation que j'ai emprunté ce nouvel opus à la bibliothèque.

Résumé: Lors de l'hiver 1911, l'asile d'aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire: Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l'enfance. Si elle espère d'abord être rapidement libérée, elle finit par s'habituer à la routine de l'institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacune de leur côté: les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l'intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un "mélancolique irlandais". Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris. A la tête de l'orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l'eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles 'esprit, Fulller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

Sous la plume fluide d'Anna Hope, ce roman nous transporte au début du siècle dernier, juste avant la première guerre mondiale, dans un pays soumis à de fortes tensions économiques.

Ce roman est d'abord l'histoire d'Ella et de John, une histoire d'apprivoisement et d'amour, de renaissance, mais sans mièvrerie, tout en pudeur et en délicatesse:

Ella est internée pour avoir brisé une fenêtre, pour avoir eu besoin d'air dans l'univers étouffant dans lequel elle vit et travaille depuis sa plus tendre enfance, et ce geste va la conduire à un enfermement encore plus dur.
John quant à lui a sombré après la mort de sa fille et le départ de sa femme, mais c'est la misère qui l'a conduit à l'asile, et non la folie. Irlandais, il subit les foudres d'un ancien interné devenu gardien, qui mériterait bien plus sa place entre les murs de l'asile.

Ella veut s'enfuir, mais finit par se résigner à son enfermement, John s'est accommodé de sa vie, mais ne participe pas au temps fort de la vie des internés, le bal du vendredi soir. C'est contraint par le docteur Fuller qu'il va devoir y aller, qu'il va rencontrer Ella, et cette rencontre va changer leur vie malgré eux.
John va par ses lettres offrir à Ella la liberté dont elle est privée, lui faisant partager les moments qu'il passe à l'extérieur. Loin de grandes déclarations, ce sont des petites escapades qui ouvrent le cœur d'Ella, et vont ramener John sur le chemin de la vie.

Si au premier abord Sharston peut sembler être un lieu propice à la guérison des personnes qui y sont internées, bénéficiant d'une saine activité, d'une nourriture équilibrée et suffisante, et même de musique et de danse, au travers des récits d'Ella et de John c'est une toute autre image qui émerge: internements arbitraires et peu justifiés, dortoirs bondés, liberté restreinte, traitement inhumain de la part du personnel, punitions et brimades, activités soumises au bon vouloir des médecins et infirmières, travail dur et répétitif, la vie est loin d'être rose pour ces internés qui n'ont parfois comme seul tort que celui d'être nés pauvres et de souffrir de la misère, de la faim....
Ces femmes et ces hommes sont considérés comme des faibles d'esprit, et font l'objet de nombreuses réflexions pour éviter qu'ils ne "contaminent" l'Angleterre par leur multiplication.

Au travers des réflexions de Charles Fuller, un des médecins de l'asile, on aborde le sujet de l'eugénisme, et de la façon de mener cette "amélioration de la race", soit par stérilisation des sujets considérés comme inaptes, théorie prônée à l'époque, y compris par Churchill, soit comme le préconise d'abord Fuller qui veut montrer que le fonctionnement de Sharston et l'utilisation de la musique permet d'atteindre les mêmes résultats.
Mais ses réflexions conduisent Fuller à s'interroger sur ces "êtres inférieurs", qui par bien des égards lui sont supérieurs, et qui pour certains sont loin d'être aussi inaptes que leur internement pourrait le laisser penser. Et si cette analyse devrait conduire Fuller à rejeter la politique de stérilisation, elle va bien au contraire le faire basculer, et avec lui le destin des autres protagonistes de l'histoire, en particulier d'Ella et de John.

Fuller n'est pas un personnage sympathique, contrairement à John et Ella, mais je dois reconnaître que l'idée d’utiliser la musique comme thérapie me plaît, seule bonne action de cet homme finalement mal dans sa peau, cherchant sa place dans un monde qui n'accepterait pas ce qu'il est au fond de lui, et qui pourrait le renvoyer aux côtés de ceux qu'il soigne.

Il y a enfin un personnage sans qui l'histoire d'Ella et John ne pourrait se réaliser, c'est Clem, la co-internée d'Ella, jeune fille de bonne famille aux tendances suicidaires, que sa famille a placé volontairement à Sharston, et qui fait tout son possible pour y rester, en attendant de trouver sa voie. C'est une jeune femme cultivée, passant sa vie dans les livres, et qui à cause des théories sur la place des femmes et le rôle subversif de la lecture et la culture va elle aussi voir son destin basculer.
Clem et Ella incarnent ce que la société pensait des femmes, dont la place était soit de travailler sans se plaindre pour la famille dans les milieux pauvres, soit d'assumer le rôle d'épouse et de mère qui leu était dévolu, sans avoir le droit de réfléchir et de penser.

Une lecture très riche, qui confirme pour moi le talent d'Anna Hope, capable à travers ses romans d'aborder de vrais sujets de réflexions ancrés dans l'histoire.

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Participation à "A year in England"


jeudi 15 février 2018

Lecture: L'écliptique


Presque 2 mois sans écrire ici, et pourtant je lis toujours, mais je n'ai plus le temps / le courage / l'envie de chroniquer mes lectures. Même si dans ces lectures il y en a qui mériteraient vraiment de l'être.
Et puis il y a aussi le doute, parce qu'en relisant certains posts je prends conscience que je suis loin d'être une bonne critique littéraire, que ma plume est loin d'être jolie, et qu'il y a bien des blogs plus sympas à suivre (et non, je ne cherche pas de compliments, je suis réaliste sur ce coup :-().
Cela dit, il y a eu dans mes dernières lectures des découvertes que j'ai envie de vous faire partager, en voilà une (qui commence à dater, mais je me lance quand même).

Comme j'avais beaucoup aimé "Le complexe d'Eden Bellwether", je n'ai pas hésité à emprunter son deuxième roman quand je l'ai vu sur le présentoir de la bilbiothèque.

Résumé: 1972, sur l'île de Heybeliada au large d'Istanbul, le refuge de Portmantle accueille des artistes en burn-out. Knell, talentueuse peintre écossaise, y vit depuis une dizaine d'années quand son quotidien est chamboulé par l'arrivée de Fullerton, un nouveau venu instable, qu'elle retrouve bientôt noyé dans sa baignoire. Cet événement l'oblige à considérer d'un œil différent ce refuge régi par des lois singulières. Elle replongera aussi dans sa jeunesse en Ecosse et dans ses années de formation dans le Londres des sixties."

Ce roman nous parle de la création artistique, et en particulier pour la peinture, même si au travers des résidents de Portmantle on aborde aussi la création littéraire ou architecturale. Ce thème de la création artistique se décline quant à lui en plusieurs volets: 
- la naissance d'un artiste, passage d'une création pour soi à une création pour les autres
- comment sont liées l'inspiration, la création, et la vie de ces artistes.
- la création dans la durée, ou comment se renouveler quand on a connu un grand succès
- comment sont liées l'inspiration, la création, et la vie de ces artistes.

Création dans la durée d'abord: les résidents de Portmantle ont un point commun: ils sont connus, ont réalisé des oeuvres ou créations qui ont connu du succès, mais sont arrivés à un point de blocage, feuille blanche ou toile blanche. Dans ce cadre isolé où on les dépouille de leur identité, qui leur garantit un certain anonymat et une certaine tranquillité, on leur offre les conditions pour "remettre en marche" leur créativité. D'une certaine façon ce changement d'identité leur offre aussi un nouveau départ, une façon de laisser derrière soi ce qui a déjà été fait pour se relancer, sorte de renaissance à la création.

Cette vie tranquille que mène Knell, l'héroïne du roman, est bouleversée par l'arrivée d'un jeune homme étrange, qui va la ramener dans son passé, nous permettant de comprendre ce qui a conduit cette femme dans cette retraite isolée.

Knell (en réalité Elspeth) se découvre une passion pour la peinture dans la cour de son immeuble, elle va ensuite entrer dans une école de peinture, d'où elle ne sortira pas diplômée, n'ayant pas su convaincre de son talent. Encouragée par un de ses professeurs, elle va malgré tout continuer dans cette voie, en devenant l'assistante d'un peintre connu. Grâce à une de ses peintures aperçue par hasard par un agent artistique, elle va pouvoir exposer dans une galerie, et accéder à la notoriété.

Mais toute médaille a un revers, et le fait de travailler pour une galerie va brider la créativité de notre jeune peintre: il faut maintenant peindre pour vendre, et ce qui se vend n'est pas forcément ce qu'elle a dans le ventre, ce qu'elle voudrait transmettre. Il faut aussi produire, s'engager sur des dates, des tableaux, faire de la représentation... Knell/Elspeth perd son âme, perd le goût de la peinture, au point presque d'en perdre la raison. On souffre avec Elspeth de ce qui écorche son âme, de cette douleur à ne pas réussir, de cette peur qui l'habite et qu'elle n'arrive pas à évacuer. Elle frôle la folie tandis que d'autres sombreront dans l'alcool, tant le conflit intérieur qu'ils vivent est intense.

Je n'en dirai pas plus sur le fond pour ne pas spoiler ce roman déroutant, dont la fin m'a totalement surprise et déstabilisée....

Sur la forme par contre, j'ai encore été emportée par la plume de Benjamin Wood. Il a réussi à me faire visualiser les peintures d'Elspeth, à m'emmener me promener dans Portmantle avec elle, son écriture stimule sans difficulté mon imaginaire pour me faire entrer dans l'univers qu'il crée.

Petit bémol, il y a des longueurs, des passages où j'ai perdu un peu le fil, mais cela reste une belle lecture qui confirme l'impression que m'avait laissé son premier roman.

mardi 19 décembre 2017

Lecture: La part des flammes



J'avais commencé ce billet début novembre, après avoir profité de la semaine de vacances au soleil pour les 40 ans de Mr Souris pour enfin lire ce roman découvert chez Bianca. Et puis j'ai de nouveau lâché mon clavier, et je n'ai pas terminé cette chronique. Elle risque d'être un peu décousue car cela fait maintenant plus d'un mois, et que mes idées sont moins claires ;-)

Résumé: Mai 1897. Pendant trois jours le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d'Alençon. Au mépris du qu'en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l'assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d'Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d'une politesse exquise qui vous assassine sur l'autel des convenances, la bonté de Sophie d'Alençon leur permettra-t-elle d'échapper au scandale? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l'incendie du Bazar de la Charité.

Ce roman s'appuie sur un fait historique, l'incendie du Bazar de la Charité, qui causa la mort de plus de 12 personnes, dont entre autres la Duchesse d'Alençon. Cependant, l'objet du livre n'est pas cet incendie en lui-même, mais les conséquences de cet événement sur la population, et plus particulièrement sur le destin de 3 femmes liées par leur présence au même comptoir en ce jour fatal.

Trois femmes: Violaine de Raezal, jeune veuve qui tente de garantir sa place dans la bonne société maintenant qu'elle ne bénéficie plus de la protection de son mari; Constance d'Estingel, qui vient de rompre ses fiançailles, tiraillée entre sa foi et le désir qu'elle ressent pour celui qui voulait l'épouser; Sophie d'Alençon enfin, trait d'union entre ces 2 femmes, qui les accueille toutes les deux à son comptoir, femme de coeur au service des autres, qui dissimule bien les tourments qui l'agitent.
Ces trois femmes cherchent leur place, chacune à leur manière, dans cette société où les apparences sont primordiales, où les femmes doivent être irréprochables, tenir leur rang et leur maison, ne pas prêter le flanc aux rumeurs, mais aussi se montrer charitables, s'associer à des œuvres....

Trois femmes à trois âges de la vie, à trois stades de la vie d'une femme, mais toutes trois soumises à la pression sociale qui ne les laisse pas libres de leurs choix: Constance hésite entre vocation religieuse et vie de couple, mais elle est soumise à l'influence d'une part de la mère supérieure qui a assuré son éducation et veut la ramener vers une vie de prière, et d'autre part de sa mère qui veut la voir enfin se marier et assumer son rang en société. Violaine essaye d'effacer sa mauvaise réputation conformément à ce que souhaitait son mari, en se battant à la fois contre les femmes bien-pensantes de la haute société, mais aussi contre les enfants de son mari qui n'ont jamais accepté qu'elle l'ait épousé par amour. Sophie enfin, celle qui semble tout avoir, et dont on découvre la face cachée tout au long du roman, filigrane qui sert de lien et d'inspiration pour les autres héroïnes de l'histoire.

L'incendie va tout faire basculer, et d'une certaine façon offrir à ces femmes l'occasion de gagner leur liberté dans ce monde qui leur en laisse si peu.

Si ce roman fait la part belle en particulier à ces trois femmes, il nous dépeint aussi la société de l'époque, les femmes "objet" qui n'ont de valeur pour leur mari que par leur beauté, les luttes d'influence des courants politiques, la futilité d'un milieu qui règle ses comptes en duel sans en comprendre les véritables enjeux,les amours interdits et l'homosexualité qui ne peut être affichée, une société où les femmes peuvent être internées et maltraitées parce qu'elles ne pensent pas ou n'agissent pas comme les autres. De quoi nous faire apprécier la liberté dont nous bénéficions aujourd'hui, qui nous paraît évidente mais qui fut si dure à gagner.

Beaucoup de points positifs à ce roman, et il m'a pourtant laissé un goût d'inachevé, peut-être la façon dont il se termine, mais que je ne décrirai pas ici pour ne pas gâcher la lecture à ceux qui se laisseront tenter par cette belle oeuvre! L'écriture de Gaëlle Nohant nous emporte dans cet incendie, mêlant faits historiques et fiction de telle manière qu'on ne distingue plus le faux du vrai.

vendredi 15 décembre 2017

Toucher le fond


Je ne sais pas si c'est le lieu pour ça, je ne sais pas si cet article à pour vocation à être définitif ou provisoire, peut-être même ne sera t'il jamais lu, mais j'ai besoin de sortir ce qui me ronge, parce que c'est devenu trop lourd à porter.

Rien de grave, pas d'inquiétude, mais c'est justement ça le problème: je suis devenue tellement angoissée que la moindre petite anicroche devient une montagne impossible à gravir. C'est vrai pour le boulot, c'est vrai pour ma vie perso, et c'est en particulier particulièrement exacerbé pour mes enfants.
Depuis leur naissance, j'ai perdu tout sens de la mesure (en tout cas le peu que j'avais), je suis incapable de relativiser, de ne pas imaginer le pire. Moi qui fut capable de remonter ma mère quand elle a eu son cancer, certaine qu'elle y survivrait, j'ai définitivement oublié comment faire pour ne pas sombrer dans la spirale destructrice de l'angoisse et du stress, celle du négativisme qui fait que tout ce qui peut arriver est noir et catastrophique.

L'an dernier, avec l'accident de mon père, j'ai navigué sur le fil du rasoir, tentant au mieux de rassurer ma mère avant de m'effondrer à la maison, mais cette épreuve a laissé des traces, et je ne peux voir le nom de ma mère s'afficher à des horaires intempestifs sans présager du pire.

Tant que mon angoisse ne concernait que moi, c'était encore tenable. Mais depuis quelques années ma fille montre des signes de puberté précoce, finalement non confirmée, mais chaque nouveau symptôme me plongeait dans un tourbillon de stress. Et loin d'être calmée par les discours rassurants du médecin, je n'écoute des résultats que ce qui conforte mes angoisses au lieu de les apaiser. Ma crainte (totalement stupide, je m'excuse par avance si ça en choque certains) est qu'elle reste petite: elle a toujours été dans les grandes, toujours en haut de sa courbe, mais malgré le démarrage de sa puberté elle ne grandit pas, n'a pas de pic de croissance. Tant qu'elle n'était pas réglée, pas de souci m'a t'on dit....sauf qu'hier soir elle a eu des pertes. Règles ou pas règles, là est la question, a priori cela n'aurait rien à voir (à confirmer ce soir), mais ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est que ça m'a complètement fait disjoncter, et que ma fille a fini en pleurs en me disant qu'elle ne voulait pas être "petite et obèse".
J'ai pris en pleine face ce que mon mari me répète à longueur de journée: c'est moi qui stresse mes enfants, qui leur donne des angoisses qui n'ont pas lieu d'être. Je pense qu'à force ils vont devenir complètement fous et mal dans leur peau à cause de moi, alors que je devrais être leur rempart, les aider à accepter ce qu'ils sont et à s'aimer comme ils sont.
Peut-être que comme je ne m'accepte finalement pas si bien, je n'arrive pas à jouer le rôle qui m'est imparti, mais je ne sais plus comment faire.

A mon angoisse sur leur santé, leur avenir s'ajoute donc l'angoisse de les traumatiser à vie, de faire de leur vie future un enfer où tout leur paraîtra hostile et difficile, parce que c'est ce que je leur aurais transmis.

J'ai pris conscience de ça (aidée par mes parents qui m'ont bien secouée), pris le taureau par les cornes, et je vais rendre visite au psy qui m'avait aidé lors de mon passage en PMA, pour essayer d'enfin remonter, et surtout pour donner à mes enfants la mère qu'ils méritent, pour leur donner de l'amour et de la confiance au lieu de ne leur montrer que le noir de la vie.

Je ne sais pas si je vais y arriver, mais je leur dois bien ça, pour qu'ils n'aient plus une mère nocive mais un appui pour grandir.

J'ai honte, je sais qu'on peut penser que je ne mérite pas mes enfants, tant d'articles publiés sur l'éducation bienveillante me renvoient à mes failles, à ce que je devrais être, me disent que je détruis mes enfants en me détruisant. J'essaye de faire de mon mieux, mais ça ne suffit pas, ça ne suffit plus, alors j'espère de tout coeur trouver l'aide pour enfin m'en sortir...