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jeudi 14 juin 2018
Lecture: L'homme qui s'envola
Pas beaucoup de chroniques en ce moment, les préoccupations du quotidien ne me laissent pas beaucoup de temps pour le clavier, et j'accumule beaucoup de lectures "faciles", telles que les derniers Musso, Levi et Bussi, qui ont le mérite de m'offrir des coupures sans prise de tête.
Avant que tout s'accélère et que je n'aie plus de temps pour moi, j'avais trouvé à bibliothèque l'avant-dernier roman d'Antoine Bello, et il était inimaginable pour moi de le rendre sans l'avoir lu, c'est chose faite maintenant!
Résumé: Walker a tout pour être heureux. Il dirige une florissante entreprise au Nouveau-Mexique et sa femme, la riche et belle Sarah, lui a donnée trois magnifiques enfants. Et pourtant, il ne supporte plus sa vie. Entre sa famille, son entreprise et les contraintes de toutes sorites, son temps lui échappe. Une seule solution: la fuite. Walker va mettre en scène sa mort de façon à ne pas peiner inutilement les siens. Malheureusement pour lui, Nck Sheperd, redoutable détective spécialisé dans les disparitions, s'empare de son affaire et se forge la conviction que Walker est encore vivant. S'engage entre les deux hommes une fascinante course-poursuite sur le territoire des Etats-Unis. EN heu: la liberté, une certaine conception de l'honneur, et l'amour de Sarah.
Dans les précédents romans que j'avais lus (Ada / Les falsificateurs / Les éclaireurs / Les producteurs), Antoine Bello nous projetait dans des histoires où la fiction pourrait un jour devenir notre réalité (ou bien l'est déjà, qui sait si nous ne sommes effectivement pas manipulés pour croire ce qu'on veut nous faire croire......).
Dans "L'homme qui s'envola", pas de projection dans le futur, pas de manipulation, rien que l'histoire d'un homme qui ne supporte plus sa vie. Walker a tout, l'argent, la réussite professionnelle, la réussite personnelle, familiale. Que demander de plus? Mais cette vie étouffe Walker, d'autant plus qu'il sait comment elle va se dérouler, et qu'il ne trouvera pas plus de temps dans le futur qu'à l'instant présent.
Peut-être que cette lecture tombait à pic dans ma vie surchargée, mais cette envie de se trouver du temps, de se dégager de ses obligations, de pouvoir vivre pour soi a résonné en moi. A mon échelle bien sûr, je n'ai pas les responsabilités de Walker (ni ses revenus, dommage...), mais c'est sur que parfois j'aimerais aussi pouvoir tout lâcher....
Cela dit, ce qui pourrait paraître simple ne l'est pas tant que ça, parce que Walker veut changer de vie, mais sans faire souffrir les siens: ce n'est pas qu'il ne les aime plus, c'est qu'il veut vivre libre. D'où l'idée de disparaître, pour qu'ils n'aient pas l'impression d'être rejetés.
Au travers des pages, on le voit d'abord jouer avec l'idée, puis progressivement mettre en application ses idées, avant de franchir le pas le jour où l'opportunité se présente à lui.
Mais tout ne va pas se passer comme prévu, et l'irruption de Sheperd dans le jeu va perturber la belle organisation de Walker.
Début alors une chasse à l'homme qui ressemble à une partie d'échecs entre deux grands maîtres: chacun tente de pénétrer dans le cerveau de son adversaire, pour prendre l'avantage et gagner!
Entre les voix de ces deux hommes, le chasseur et la proie, s'intercale la parole de Sarah, qui passe en un éclair d'épouse à veuve, avant de redevenir une épouse, mais une épouse bafouée que son mari a abandonnée. Sarah cherche à protéger ses enfants, d'abord de la souffrance de la perte, ensuite de la souffrance de l'abandon. Elle est donc contrainte de simuler et dissimuler, pour être l'unique témoin de cette fuite. Sa collaboration avec Nick Sheperd va lui permettre de comprendre les motivations de Walker, les raisons de ce choix qu'il a fait.
On aborde dans ce roman les difficultés de communication dans un couple, les biais que nous introduisons dans les échanges avec ceux qui partagent nos vies, et qui conduisent à des incompréhensions parfois profondes. Comment accepter que l'homme qui partage votre vie depuis tant d'années s'en aille sans dire un mot, préfère disparaître que d'expliquer pourquoi il part? Sarah se retrouve à douter de tout ce qu'elle a vécu, à se demander si rien de leur passé commun n'était "réel", sans personne à qui le demander.
Ce livre m'a aussi interpellé sur les choix que l'on peut faire, les priorités qui sont données par chacun: Walker en décidant de ne pas blesser sa famille par un abandon qui aurait valeur de rejet préfère simuler sa mort, en se privant lui aussi de passer du temps avec ses enfants, de les voir grandir, alors qu'il les aime. Son besoin de liberté est plus fort que ce qu'il a construit, que ceux qu'il aime. Est-ce admirable d'accepter de renoncer aux autres pour "alléger" leur souffrance et leur culpabilité? N'est-ce pas de la lâcheté, la peur d'affronter le regard de ceux qu'on fait souffrir?
Je ne pense pas que je serais capable, comme Walker, de tout abandonner, mon coeur de mère ne vivrait plus, même si je voudrais être capable, comme lui, d'enfin prendre du temps pour moi, pour ne pas m'effacer derrière toutes mes obligations, choisies ou non. Peut-être d'ailleurs pour éviter un jour de vouloir tout lâcher!
samedi 5 novembre 2016
Lecture: Ada
J'avais beaucoup aimé la trilogie "Les falsificateurs/Les éclaireurs/Les producteurs", je n'ai donc pas hésité une seconde à découvrir ce nouveau roman d'Antoine Bello, d'autant plus que ma Galéa préférée l'avait beaucoup aimé.
Résumé: Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d'une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire, a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu par la société Turing Corp. pour écrire des romans à l'eau de rose. Ada parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour le Prix Pulitzer. On ne l'arrête pas avec des contrôles de police et des appels à témoin. En proie aux pressions de sa supérieure et des actionnaires de Turing, Frank mène l'enquête à son rythme. Ce qu'il découvre sur les pouvoirs et les dangers de la technologie l'ébranle, au point qu'il se demande s'il est vraiment souhaitable de retrouver Ada…
Le roman commence comme un roman policier, mais on comprend vite que le sujet n'est pas là. Ce livre nous parle du développement des Intelligences artificielles, les AI, et de la place qu'elles peuvent prendre dans notre société.
A travers cette enquête hors norme, on s'interroge sur ces intelligences artificielles, capables de converser, de penser, d'écrire, et comme Frank, on peut se demander si il est possible de les considérer comme conscientes.
Je ne suis pas assez avancée en terme de technologie pour savoir si le développement de ce type de programmation en est à ce niveau ou non, mais comme dans sa trilogie, Bello nous confronte à un possible particulièrement réel: dans sa trilogie, il nous présentait comme réaliste le fait que les grands évènements de notre monde ne soient en réalité que des manipulations ayant pour but d'emmener l'humanité dans telle ou telle direction. Ici, il nous montre ce que pourrait être notre monde si la technologie est dénuée d'éthique et de morale. Les AI suffisamment développées pourraient prendre le contrôle des mots, que ce soit pour rédiger des articles, des blogs (promis, je ne suis pas juste un algorithme), des discours poliques, ou même des romans, et à terme remplacer une bonne partie des employés à moindre coût.
On aborde là le dilemme entre la rentabilité et l'humain, de plus en plus présent dans notre société où on valorise le profit au détriment des femmes et des hommes.
Le livre nous parle aussi du processus de création littéraire, parfois beaucoup plus codifié qu'on ne le pense, au point qu'il semblerait possible à un ordinateur de remplacer un auteur. Cela paraît peu réaliste, mais les arguments avancés par Ada sont convaincants, d'après elle tout genre littéraire est régi par des règles implicites qui le conditionnent, et qui le rendent finalement "simple" à imiter.
Je me suis laissée prendre à ce roman, même si j'ai parfois été gênée par la familiarité du langage, qui fait en réalité partie de l'histoire, mais on ne le comprend qu'à la fin. Et encore une fois, Bello nous perd entre réalité et fiction, on ne sait plus ce qui relève du roman (même si je ne peux en dire plus dans spoiler l'histoire).
Encore une fois, j'ai été emportée, et j'ai beaucoup aimé ce livre, à la fois par sa dimension romanesque, et parce qu'il fait réfléchir à ce qui pourrait être notre avenir - ou qui est peut-être déjà notre présent, qui sait....
Résumé: Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d'une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire, a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu par la société Turing Corp. pour écrire des romans à l'eau de rose. Ada parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour le Prix Pulitzer. On ne l'arrête pas avec des contrôles de police et des appels à témoin. En proie aux pressions de sa supérieure et des actionnaires de Turing, Frank mène l'enquête à son rythme. Ce qu'il découvre sur les pouvoirs et les dangers de la technologie l'ébranle, au point qu'il se demande s'il est vraiment souhaitable de retrouver Ada…
Le roman commence comme un roman policier, mais on comprend vite que le sujet n'est pas là. Ce livre nous parle du développement des Intelligences artificielles, les AI, et de la place qu'elles peuvent prendre dans notre société.
A travers cette enquête hors norme, on s'interroge sur ces intelligences artificielles, capables de converser, de penser, d'écrire, et comme Frank, on peut se demander si il est possible de les considérer comme conscientes.
Je ne suis pas assez avancée en terme de technologie pour savoir si le développement de ce type de programmation en est à ce niveau ou non, mais comme dans sa trilogie, Bello nous confronte à un possible particulièrement réel: dans sa trilogie, il nous présentait comme réaliste le fait que les grands évènements de notre monde ne soient en réalité que des manipulations ayant pour but d'emmener l'humanité dans telle ou telle direction. Ici, il nous montre ce que pourrait être notre monde si la technologie est dénuée d'éthique et de morale. Les AI suffisamment développées pourraient prendre le contrôle des mots, que ce soit pour rédiger des articles, des blogs (promis, je ne suis pas juste un algorithme), des discours poliques, ou même des romans, et à terme remplacer une bonne partie des employés à moindre coût.
On aborde là le dilemme entre la rentabilité et l'humain, de plus en plus présent dans notre société où on valorise le profit au détriment des femmes et des hommes.
Le livre nous parle aussi du processus de création littéraire, parfois beaucoup plus codifié qu'on ne le pense, au point qu'il semblerait possible à un ordinateur de remplacer un auteur. Cela paraît peu réaliste, mais les arguments avancés par Ada sont convaincants, d'après elle tout genre littéraire est régi par des règles implicites qui le conditionnent, et qui le rendent finalement "simple" à imiter.
Je me suis laissée prendre à ce roman, même si j'ai parfois été gênée par la familiarité du langage, qui fait en réalité partie de l'histoire, mais on ne le comprend qu'à la fin. Et encore une fois, Bello nous perd entre réalité et fiction, on ne sait plus ce qui relève du roman (même si je ne peux en dire plus dans spoiler l'histoire).
Encore une fois, j'ai été emportée, et j'ai beaucoup aimé ce livre, à la fois par sa dimension romanesque, et parce qu'il fait réfléchir à ce qui pourrait être notre avenir - ou qui est peut-être déjà notre présent, qui sait....
lundi 13 juillet 2015
Lecture: Les producteurs
Après "Les falsificateurs" et "Les éclaireurs", j'ai enfin pu terminer ma lecture de cette trilogie d'Antoine Bello.
Autant prévenir ceux qui ne l'auraient pas encore lu, je n'arriverais pas à chroniquer cet opus sans spoiler, je vous déconseille donc fortement de lire cet article sous peine de voir votre lecture totalement gâchée.
Résumé: Sliv Dartunghuver vient d'accéder aux instances dirigeantes du Consortium de Falsification du Réel, organisation secrète internationale qui s'efforce de maintenir une harmonie relative sur la planète en construisant de toutes pièces les légendes dont l'humanité a besoin. Or le CFR est dans la tourmente, menacé par la divulgation de documents internes et décrédibilisé par plusieurs échecs (dont la création d'Al-Qaida, pure fiction née des cerveaux des falsificateurs du CFR dans le but de faire comprendre au monde la menace de l'extrémisme islamiste). Avec l'aide de ses amis Youssef et Maga, et de la belle et redoutable Lena, Sliv se lance dans une série de mystifications toujours plus audacieuses, qui l'entraînent de Hollywood à Hong Kong, de Sydney à Veracruz, et jettent un jour nouveau sur l'élection d'Obama, l'épidémie de grippe H1N1 et la découverte d'une fascinante cité maya. La jubilation de l'auteur à échafauder des scénarios vertigineux transparaît à chaque page de ce récit à la fois divertissant et profond.
Ce tome m'a laissée plus perplexe que les deux précédents. Pourtant les 2 pivots de l'histoire sont très bien menés: d'un côté l'élection d'Obama, avec le rôle du CFR dans cette élection, et de l'autre la création d'une civilisation perdue descendante des Mayas.
Sur le point de la politique américaine, je dois avouer qu'encore une fois, j'ai été bluffée par le réalisme de ce que nous propose Bello. Qu'est-ce qui empêcherait de telles manipulations d'opinions, par l'utilisation des réseaux sociaux, par l'utilisation des faiblesses du système électoral américain, par exemple que "le marketing électoral américain repose moins sur la promotion de son champion que sur le dénigrement de l’adversaire", ce qui pousse Maga à retourner ces pratiques contre leurs auteurs, puisque "dans certaines conditions, des campagnes de calomnie pouvaient se retourner contre leurs auteurs, en les discréditant au sein même de leur électorat".
J'ai aussi beaucoup aimé la position du CFR vis à vis de John McCain: ne pas le discréditer, mais le soumettre à un "test de caractère", comme l'indique Sliv, en lui tendant un piège sur le choix de son colistier: soit il choisit indépendamment des pressions de son parti, soit il choisit la "bécasse" proposée par le CFR.
Dans tous les cas sur cette élection américaine, la position du CFR est de laisser aux hommes leur libre arbitre pour la décision finale, tout en ayant au préalable donné toutes les chances au parti qu'ils soutiennent.
Le deuxième sujet de falsification du roman est la création par Léna et Sliv d'une civilisation disparue, basée sur la concorde. Je dois avouer que si la réalisation de cette falsification est magistrale, en particulier pour ce qui me concerne pour le coup de l'épave, qui aurait pu être le véritable point d'achoppement de cette histoire, mais dont la solution est à mon sens formidable, j'ai une peu de mal à comprendre le but final de cette falsification. Montrer les vertus de la concorde? Je ne suis pas convaincue par le sujet (peut-être suis-je trop rationnelle pour ça). Ce qui est aussi très surprenant, c'est que cette falsification est l'oeuvre de Léna, revenue en grâce après avoir trahi le CFR, ce qui pour une telle organisation semble peu crédible. Quant à l'amour de Sliv pour Léna, on le sentait venir depuis longtemps, et ça n'apporte à mon sens pas grand chose au roman. On peut bien sûr le rapporter à l'amour de Nina pour Sliv, et la post-face peut apporter un éclairage à ce double amour éconduit.
Deux autres sujets, plus mineurs dans le roman, m'ont beaucoup intéressée. Ils sont tous les 2 reliés à Vargas, ancien du CFR reconverti en consultant, qui crée des histoires pour le profit de ses clients, et le sien. Le premier, c'est la manipulation autour de la grippe H1N1. Cette épidémie qui a tellement défrayé la chronique, conduisant une bonne partie de la population à se faire vacciner (même nous on l'a fait!). Pourtant déjà à l'époque bien des questions avaient été posées sur les commandes faramineuses de vaccins par l'Etat Français, et la version qu'en propose Bello est là encore tout à fait crédible. Il pose finalement la question de la véracité des informations qui sont transmises au grand public, et de la manipulation de masse pour le profit de quelques uns. On sort dans ce cas du cadre des falsifications du CFR, qui ont pour but le bien de l'humanité, même si il y a des ratés, pour rentrer dans celui de la manipulation. Et quoi de mieux que la santé pour jouer sur les peurs des gens? On le voit d'ailleurs dans les polémiques actuelles sur les vaccins qui jouent sur les angoisses des parents par rapport aux risques encourus par leurs enfants.
Le deuxième point, c'est les modifications que nous exerçons nous mêmes sur notre mémoire, et sur les évènements qui nous sont arrivés: "Il est prouvé que la façon de raconter une anecdote dépend de l'accueil que lui réservent ses publics successifs. L'histoire s'enrichit progressivement, pour se figer au bout de cinq ou dix restitutions dans une forme qui n'a souvent qu'un lointain rapport avec la version originale. [...] Tout souvenir est une recréation." Ca fait réfléchir sur ce qu'on sait de nous, et ça fait tilt chez moi: ça m'est déjà arrivé de raconter une anecdote à des amis devant Mr Souris, et de me faire reprendre sur la version des évènements. Peut-être effectivement n'ai-je retenu et raconté que ce qui allait dans le sens de ce que je voulais faire passer.... C'est par exemple le cas de la naissance des enfants!
Au niveau des personnages, le roman est cette fois-ci centrée sur Sliv, Léna et Nina, et j'ai trouvé dommage que l'amitié de Sliv avec Maga et Youssef passe au second plan, alors que c'était un élément fort des deux premiers tomes. Bien sûr ils interviennent dans le roman, mais de façon plus "épisodique", et je trouve que Maga n'est pas forcément montrée sous son meilleur jour.
De même, j'ai été déçue par le traitement réservé à la perte de la mallette contenant les scénarios: c'est finalement le seul sujet qui intéresse Yakoub tout au long du roman, et on ne sait pas vraiment à la fin si c'est le hasard qui conduit à la réalisation des différents sujets, ou si c'est quelqu'un qui a profité de la découverte de la mallette.
Quant à la post-face, qui finalement introduit un roman dans le roman, elle donne un éclairage différent à l'histoire, mais pour moi le roman n'avait pas forcément besoin de ça.
Au final, ce troisième tome est passionnant, comme les deux précédents, mais il me laisse beaucoup plus sur ma faim, d'autant qu'il n'y aura pas de suite, probablement parce qu'on reste en plan à la fois sur l'impact de la falsification des Chupacs, sur ce qui arrivera aux personnages....
vendredi 17 avril 2015
Lecture: Les éclaireurs
Après "Les falsificateurs", je me suis précipitée sur le deuxième tome des aventures de Sliv, pressée d'en savoir plus sur le CFR et sa finalité.
Résumé: C'est l'histoire de Sliv, agent spécial du CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui veut comprendre pour quoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, qui tente d'influer sur l'histoire des hommes, et dont l'existence est brutalement remise en cause un certain 11 septembre 2001. C'est l'histoire de Youssef, tiraillé entre sa foi et son amitié; de Maga, jeune femme moderne que son mariage précipite dans une famille d'intégristes; de Lena, dont la rivalité professionnelle avec Sliv cache peut-être des sentiments d'une autre nature. C'est l'histoire d'une grande nation, les Etats-Unis, qui trahit ses valeurs quand le monde a le plus besoin d'elle. C'est, d'une certaine façon, l'histoire du siècle qui vient.
Ce deuxième volet se déroule juste après les attentats du 11 Septembre, et se concentre sur la montée du terrorisme, et l'éventuelle entrée en guerre des Etats-Unis contre l'Irak.
Contrairement au premier tome, où on découvrait les activités du CFR à travers les multiples dossiers et sujets traités par les différents protagonistes, "Les éclaireurs" est centré sur le rôle du CFR dans la montée du terrorisme, et sa possible implication dans les attentats du 11 Septembre, puis sur son rôle dans le déclenchement de la guerre.
Ces évènements sont finalement très proches de nous, beaucoup d'entre nous sont capables de dire ce qu'ils faisaient le jour où les Tours Jumelles se sont effondrées, beaucoup d'entre nous ont vu, comme notre héros, les images terrifiantes tourner en boucle à la télévision. Cela rend le roman parfois à la limite du documentaire, d'autant plus que "dans la vraie vie", la question s'est véritablement posée de la manipulation des informations, de la présence non vérifiée de ces armes en Irak qui ont servi de prétexte à l'entrée en guerre. C'est le seul point qui m'a un peu "gênée", cette focalisation sur les preuves (ou non preuves), avec parfois presque trop de détails (comme les diamètres des tubes si chers à mon amie Galéa ;-)).
Ce deuxième tome est moins tourné sur la création de dossiers isolés, de la naissance de l'idée à la mise en place des falsifications nécessaires, mais s'attache à travers les actions du CFR à une réflexion plus générale sur le fonctionnement du monde, le besoin d'affrontement: "Il y avait toujours "nous" et "les autres"et l'on ne pouvait se passer de ces derniers sous peine d'oublier qui on était." C'est cette logique qui a conduit le CFR à identifier les "autres" qui remplaceraient le bloc communiste dans l'affrontement Est/Ouest, et à essayer de prévenir l'Occident de la menace potentielle. Mais on se demande si la fin justifie les moyens, on découvre que les membres du Comex du CFR ne sont "que" des hommes, faillibles eux aussi, qui peuvent se tromper, et doivent assumer les conséquences de leurs choix.
Bello y fait aussi une analyse du fonctionnement du système politique américain, analyse plutôt critique, tant des hommes politiques eux-mêmes qui n'ont pas hésité à manipuler le peuple, que le peuple qui s'est laissé manipuler, au point de laisser ceux qui les gouverne déclarer une guerre sans preuve concrète. Cette analyse fait écho à toutes les interrogations qui ont fait suite à cette entrée en guerre, à ces armes qui n'ont jamais été trouvées, et malgré ce que pense Sliv, on peut se demander si nous (peuple français) aurions su nous opposer à nos dirigeants si nous avions été à la place des Américains.
Et puis dans ce livre, il y a une très fine analyse des sentiments humains: l'amitié d'abord, à travers la relation de Sliv et Youssef, cette relation qui souffre de leurs différences, mais résiste aux épreuves, au point que Youssef confie son destin à Sliv sans douter. J'aime cette amitié qui ose dire, qui ose l'affrontement et la vérité, mais qui permet de passer outre ce qui sépare. L'amour ensuite, celui de Magda et Youssef, cet amour qui pousse Magda à tenter de se fondre dans la famille de Youssef malgré leur intolérance, et cet amour qui pousse Youssef à prendre ses distances et à assumer ce qu'il est "contre" sa famille.
On a ensuite l'ambition, celle de Sliv bien sûr, qui le pousse à vouloir aller toujours plus haut, toujours plus vite, sans penser aux conséquences de ses actes. Mais aussi la "non-ambition" de Gunnar, celle qui peut sembler surprenante, mais qui est pourtant aussi tout à fait légitime.
Enfin, il y a la jalousie. Celle qui nous pousse à accomplir de mauvaises actions, pour prouver qu'on existe, qu'on est meilleur que les autres. Celle qui est si condamnable, et pourtant si humaine.
Les personnages de Bello sont magnifiquement humains: pas de manichéisme dans les descriptions, tous portent en eux une part de bon et une part trouble, comme nous ils sont tiraillés par la vie, par ce qu'ils veulent, leurs désirs, leurs ambitions, leur entourage..... On ne peut pas vraiment classer les bons d'un côté et les mauvais de l'autre, on comprend, on excuse, on accuse....ces personnages sont "réels" et attachants, et font la force de ce roman.
Bien sûr, le clou du roman est la révélation de la finalité du CFR, mais ça, je vous laisse le plaisir de la surprise..... Je peux juste dire que j'ai été surprise, mais que finalement c'est exactement ce qu'il fallait au roman.....encore une piste de réflexion, mais celle là je ne la développerai pas pour éviter de gâcher la lecture!
En résumé, encore un excellent moment de lecture, dans la lignée du premier, j'ai hâte de découvrir le 3ème!
dimanche 22 mars 2015
Lecture: Les Falsificateurs
Ce livre, comme bien d'autres ces derniers mois, est un conseil de bloggueuses. C'est pour moi l'énorme point positif de la blogosphère: j'ai rencontré sur la toile des filles formidables, qui en connaissent parfois plus sur ma vie actuelle que mes copines IRL qui habitent aux 4 coins de la France, et surtout, qui partagent ma passion pour la lecture. Je me sens même à la traîne, moi qui jusque là était la seule qui lisait beaucoup. Et grâce à elles, j'élargis mon horizon littéraire, je découvre des auteurs que je n'aurais jamais sortis des rayons de la bibliothèque. Bien sûr nous ne sommes pas toujours d'accord sur les lectures, on a le droit d'aimer ou de ne pas aimer un roman, bien sûr, ça ne m'empêche pas de continuer à apprécier la "chick litt", Marc Lévy ou Guillaume Musso, Mary Higgins Clark et Harlan Coben, mais leurs conseils et leurs recommandations me permettent de lire différemment.
Et c'est aussi leur exemple qui me pousse à essayer d'analyser plus en profondeur ce qui me plaît ou me déplaît dans mes lectures. Je ne serai jamais une bonne critique littéraire, je ne sais pas décrire un style, si il est bon ou mauvais, je ne sais pas trouver les messages cachés par l'auteur, mais j'essaye de dépasser le "ça m'a plu" pour peut-être donner envie à d'autres de découvrir ces romans (même si je ne me fais pas d'illusion sur mon influence, mes statistiques de visites ne risquent pas de concurrencer les "vrais" blogs littéraires, je me dis que peut-être moi aussi je pourrais servir de conseil, même à 1 autre personne, ce serait déjà bien).
Fin de la parenthèse, revenons à nos moutons, et au roman cité en objet! Pour les critiques détaillées et argumentées, je vous conseille d'aller chez Galéa et Miss Léo, qui ont en plus chroniqué le 2ème volet de la trilogie qu'elles ont lu.
Résumé: C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, le CFR (Consortium de Falsification du réel) qui falsifie la réalité mais dont personne ne connaît les motivations. C'est l'histoire de quelques une des plus grandes supercheries de notre époque : de Laïka, la première chienne dans l'espace, qui n'a jamais existé, de Christophe Colomb qui n'a pas découvert l'Amérique, des fausses archives de la Stasi. C'est l'histoire d'un jeune homme, embauché par le CFR, qui veut comprendre pourquoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une bande d'amis qui veulent réussir leur vie, sans trop savoir ce que cela veut dire. C'est, d'une certaine façon, l'histoire de notre siècle.
Ce roman m'a énormément plu, comme me l'avait dit Miss Léo, une fois qu'on est dedans, on ne le lâche plus! J'aurais pu le mettre en coup de coeur, mais c'est le premier volet d'une trilogie, qui se termine par "à suivre", je peux donc dire qu'il m'a clairement mis en appétit, que j'attends avec impatience de voir si les volets suivants tiendront la promesse de ce premier tome, le coup de coeur sera "attribué" à l'ensemble de la trilogie (ou pas d'ailleurs ;-))
C'est un roman intense, et pourtant très difficile à décrire sans le dévoiler totalement. Sans rentrer dans l'histoire proprement dite, voilà les points qui m'ont le plus plu dans le roman:
Les personnages d'abord, et en particulier Sliv, le héros. C'est le narrateur, on n'a donc de lui que ce qu'il veut bien nous dire, mais j'ai aimé son évolution au cours du roman. Il s'est engagé par jeu au CFR, parce qu'il ne savait pas très bien quoi faire de sa vie, et que la proposition d'embauche lui a paru plus proche d'un jeu que d'un emploi, et au fil de ses expériences on le voir mûrir, changer de vision à la fois sur la société qui l'emploie, mais aussi sur lui même. Il réfléchit à ce qu'il souhaite, et porte un regard plus réaliste et méfiant sur le monde, mais même dans les moments les plus durs, il reconnaît que ce que lui offre le CFR est plus que la vie étriquée qu'il pourrait mener avec un emploi "normal", une famille "normale".... Il en vient donc à accepter des règles du jeu qu'il ne maîtrise pas, en espérant faire un jour partie de ceux qui les comprennent.
Mais Sliv n'est pas seul, il est entouré de collègues, et d'amis qu'il rencontre au fil de ses expériences professionnelles, et ces personnages qui gravitent autour de lui contribuent eux aussi à la réussite de l'intrigue: on y retrouve la jeune femme carriériste prête à tout pour réussir, la fille que tout le monde jalouse parce qu'elle est belle et brillante, mais que tout le monde déteste; l'ami idéaliste, celui qui est prêt à tout plaquer si il pense que ce qu'on lui demande de faire est contraire à ses principes; ceux qui l'aident à mûrir, à prendre conscience de la portée de ses actes, ceux qu'il a peur de décevoir, et dont il craint le jugement....
La deuxième chose qui m'a plu dans ce roman, c'est son ancrage dans l'Histoire, ce qui le rend fondamentalement crédible: qu'est-ce qui empêcherait qu'il existe effectivement une organisation qui manipule les faits historiques pour orienter l'évolution du monde? Il existe tellement de théories du complot, que ce soit à propos des premiers pas de l'homme sur la Lune, qui auraient été tournés en studio, à l'assassinat de Kennedy, d'histoires telles que Roswell et les extraterrestres, qu'après tout, il pourrait tout à fait être envisageable que ce à quoi l'on croit ne soit que des histoires.
Je dois dire que ce roman fait même réfléchir, la documentation fournie pour chaque dossier pour modifier les sources, afin de rendre totalement crédible les histoires, la manipulation des archives, la création de données falsifiées pourrait tout à fait être réelle. Pour cela, on se dit qu'on lit un roman, mais qu'on n'est finalement pas si loin de ce qui pourrait exister!
Et puis il y a l'intrigue en elle-même: ce n'est pas un roman haletant, mais l'intrigue est menée de main de maître, on alterne les périodes de calme et d'introspection du personnage principal avec des récits de dossiers qui nous plongent dans l'histoire du monde, et des rebondissements judicieusement placés permettent qu'on ne s'ennuie pas dans le récit. On n'est pas dans un récit manichéen, tout n'est pas blanc ou noir, et l'écriture accompagne l'évolution de Sliv vers le "gris" du compromis.
Au final, un roman qu'on a envie de terminer, et qu'on lâche avec le regret de ne pas avoir la suite sous la main. Bien sûr, comme le héros et ses amis, on voudrait savoir qu'est-ce qu'est exactement le CFR, qui sont ses dirigeants, et quels sont les buts qu'ils dirigent, et j'espère que la suite de la trilogie me permettra d'assouvir ma soif de savoir!
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