dimanche 10 avril 2016

Lecture: La bibliothèque des coeurs cabossés

Comment aurais-je pu ne pas être attirée par un roman avec un titre et une couverture pareille? Et le résumé n'allait pas me faire changer d'avis:

Tout commence par les lettres que s'envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d'échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu'Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine.
Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis - et pas uniquement les personnages de ses romans préférés -, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu'Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance.
Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel...


Il faut l'avouer, ce n'est certainement pas de la grande littérature, c'est parfois un peu "cucul" mais par contre c'est un vrai roman qui fait du bien, un roman qui nous donne envie de sourire!

Déjà, un roman dont l'héroïne ne vit que dans les livres, n'a d'amis que dans les pages de ses bouquins, ça me parle, à moi qui ai passé tant d'année enfermée dans la bibliothèque de mon collège plutôt que d'aller jouer dans la cour avec les autres, et pour qui encore maintenant un bon week-end ou de bonnes vacances sont caractérisés par le temps que j'ai pour lire, et pas par les sorties entre potes que je vais faire! Et je me suis retrouvée dans l'éclectisme des lectures de Sara, du littéraire à la chick-litt sans discrimination;-)

D'autre part, les livres ont un rôle central dans ce roman: c'est par les livres qu'Amy et Sara se sont rencontrées, c'est grâce aux livres que Sara va redonner vie à Broken Wheel et faire bouger les habitants, et c'est grâce aux livres qu'elle va surtout se faire de vrais amis. J'ai adoré la librairie qu'elle monte, j'aurais voulu y être: les fauteuils, les classements, l'envie d'un lieu convivial.... Et j'ai adoré le concept de "il y a un livre pour chacun": ne pas s'arrêter à l'idée préconçue qu'ont les gens qu'ils n'aiment pas la lecture, que ce n'est pas fait pour eux, mais leur trouver le livre qui leur donnera le goût de lire, sans prétention, sans chercher à mettre en avant les grands auteurs, même à travers la chick-litt ou l'érotisme gay ;-)

Alors si vous avez envie d'une lecture "feel-good", qui se lit vite et vous donne la pêche, et tout ça grâce aux livres, allez-y!

Lecture: La disparue d'Angel Court






Pendant "le mois anglais", j'avais vu plusieurs billets sur les aventures de Thomas et Charlotte Pitt d'Anne Perry qui m'avaient donné envie de découvrir cet auteur, puisque j'avais bien aimé les enquêtes de l'inspecteur Monk que j'ai pu emprunter, et j'ai eu la très bonne surprise d'en découvrir un récemment acquis à la bibliothèque.

Résumé: Lorsqu'échoit au commandant Thomas Pitt la mission de protéger une jeune femme espagnole en visite à Londres, il ne comprend pas tout suite en quoi ce travail relève de la Special Branch. Mais quand elle disparaît au milieu de la nuit dans le quartier d'Angel Court, le voilà confronté à un bien dangereux mystère. Sofia prêchait des idéaux nouveaux, que certains diraient blasphématoires, et sa vie avait été menacée. Mais Pitt sent qu'il y a une raison plus profonde et plus dangereuse à son enlèvement ; si c'est bien de cela dont il s'agit. Trois hommes vont se lancer à la recherche de Sofia : son cousin, banquier de l'Église d'Angleterre, un homme politique populaire et charismatique, et un journaliste qui semble déterminé à aiguillonner Pitt vers la vérité. Chacun semble pourtant cacher quelque chose, et alors que sa quête s'étend de Londres à l'Espagne, Pitt sait que le temps est compté et que la sécurité de la Nation pourrait être en jeu...

J'ai eu un peu de mal à rentrer dans l'histoire, car n'ayant pas lu les tomes précédents, je ne connaissais pas les personnages, leur vécu, les liens les unissant.... Cela dit ce que j'ai compris de leur passé m'a donné envie de lire les débuts de la saga (finalement, c'est un peu comme quand j'ai découvert Monk, le fil rouge de l'histoire de l'enquêteur, même si il n'est pas indispensable pour apprécier et comprendre l'enquête, est quand même important pour s'immerger dans le roman).

J'ai trouvé l'enquête un peu complexe, un peu loin de ce que j'attendais, peut-être parce que Thomas Pitt appartenant à la Special Branch, il fallait que le crime ait des implications plus vastes qu'un "simple meurtre". Mais ce qui m'a surtout laissée sur ma faim, c'est que Charlotte n'est que très peu présente dans cette enquête, alors que j'attendais un véritable duo d'enquêteurs. On sent bien qu'elle est loin d'être la femme classique de l'époque où elle vit, comme la femme de Monk d'ailleurs, mais elle n'intervient pas dans l'enquête, en tout cas pas directement.

Plus qu'un simple roman policier, le roman aborde à la fois des sujets historiques comme la guerre hispano-américaine qui sert de toile de fond au roman, mais aussi le sujet de la religion et la remise en question des croyances à une époque qui ne s'y prêtait pas. Et c'est au travers des femmes que sont mises en avant ces réflexions, Sofia bien sûr, mais aussi Charlotte et sa fille.
Comme dans les enquêtes de Monk, il y a une véritable analyse sur la place des femmes dans la société, et j'ai beaucoup aimé les questions posées par Jemima, la fille de Charlotte et Thomas, qui découvre à ses dépens qu'une femme doit savoir garder sa place: "Annabelle m'a lancé que si j'avais le moindre grain de bon sens, je ne contredirais pas les garçons, parce que ça ne leur plaît pas, même si ils ont tort. Pourtant il n'est pas question d'avoir tort ou raison! Juste de pouvoir penser et dire ce qu'on veut. Et si personne ne m'aime? Vais-je devoir choisir entre jouer la comédie toute ma vie, ou rester seule jusqu'à la fin de mes jours?"
Ca nous fait apprécier le droit que nous avons de penser et parler librement (même si tous les comportements "machos" n'ont pas encore totalement disparu...), et mesurer les progrès accomplis pour les droits des femmes en un siècle!
 
J'espère trouver les premiers volumes de cette série, pour découvrir ce couple atypique, et en particulier Charlotte dont j'ai compris qu'elle était une femme intelligente, prête à remettre en cause ce qu'elle a appris et ce qui l'entoure pour se forger sa propre opinion.


*************************

Ce roman me permet (enfin) une nouvelle participation à "A year in England", que j'avais un peu (beaucoup) délaissé....

Lecture: Rêves de garçons


J'avais beaucoup aimé "Esprit d'hiver", ainsi que "Les revenants", du coup je me suis laissée tenter par un troisième opus de Laura Kasischke.

Résumé: A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d'une Mustang décapotable dans l'espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. Rêves de garçons est une plongée au coeur d'un univers adolescent dépeint avec une justesse sans égale. Une fois de plus, Laura Kasischke s'attache à détourner avec beaucoup de férocité certains clichés de l'Amérique contemporaine et nous laisse, jusqu'à la révélation finale, dans l'imminence de la catastrophe.

Peut-être parce que finalement l'écriture de Kasischke se base sur les mêmes "trucs", cette fois-ci j'avais déjà compris une partie du dénouement (mais pas tout), du coup ça m'a un peu gâché la lecture à partir du moment où j'ai eu le déclic.
Cela dit, Laura Kasischke nous plonge avec justesse dans l'univers de ces adolescentes américaines, avec les rivalités, la découverte de la sexualité, l'amitié teintée de défi et de jalousie, le questionnement sur la vie.... On s'y croirait, je me suis transportée dans ce camps de pom-pom girls avec les chefs de groupe hyper enthousiastes et envahissantes, les activités imposées, la trouille de sortir la nuit pour aller aux toilettes (ça m'a rappelé mes camps de jeannette....).

Peut-être aurais-je plus apprécié ce roman si je l'avais lu en premier, il n'est pour moi pas au même niveau qu'''Esprit d'hiver" qui m'a beaucoup plus emporté, mais ça reste une lecture agréable, et teintée d'une sorte de cynisme qui une fois encore nous pousse à regarder plus loin que la première impression, à regarder l'envers du décor.

Lecture: Birmane


Ma mère m'a prêté "Plonger", du même auteur, et je ne sais pas pourquoi, au lieu de commencer par ça, j'ai emprunté "Birmane" à la bibliothèque. Impossible de me souvenir d'où j'ai sorti cette idée, mais j'étais persuadée que l'un était la suite de l'autre (peut-être parce que c'est le même héros?).

Résumé: Décidé à changer le cours de sa vie, un jeune homme s’envole pour le pays de tous ses fantasmes avec un projet fou : décrocher l’interview du plus grand trafiquant d’opium de tous les temps. Un scoop sans prix.
Double problème : César est un amateur, et la Birmanie une dictature.
À Rangoon, où la paranoïa le dispute à la moiteur tropicale, il rencontre une jeune femme au charme trouble. Médecin humanitaire passionnée et déterminée, elle se montre parfois mélancolique, lointaine... Fasciné, il en tombe amoureux.
En lui venant en aide, elle va le faire plonger au cœur d’un pays où tous ses repères volent en éclats. Jusqu’à le mettre sur le chemin d’une figure mythique de la rébellion politique réfugiée dans la jungle : la Femme-Tigre.
De la jeunesse dorée de Rangoon aux ethnies du Triangle d’Or, des villages lacustres du lac Inle à la vallée des Rubis, voici l’itinéraire aventureux d’un héros de notre temps. En quête d’amour et d’absolu dans le pays le plus fermé, le plus enivrant, le plus sensuel de toute l’Asie.


Ce roman est bien écrit, mais je n'ai pas vraiment accroché. D'abord parce que j'ai dû mal à cerner César, le héros. En vacances avec sa copine en Thaïlande, il se fait plaquer brutalement, et part sur un coup de tête en Birmanie à chercher une interview qui fera de lui un reporter reconnu et qui compte. Mais rien ne se passe comme il le prévoyait, et il se retrouve embringué dans la rébellion birmane, sans vraiment comprendre ce qui lui arrive. Et je dois avouer que moi non plus, je n'ai pas tout compris. C'est presque trop invraisemblable pour moi, et mon esprit rationnel et cartésien.

D'autre part, je ne connais du tout la Birmanie (ni l'Asie d'ailleurs), et je dois avouer que ce n'est pas forcément la partie du monde qui me tente le plus, même si certaines descriptions dans le roman font rêver. Du coup j'ai eu du mal à me plonger dans le roman, dans l'ambiance d'un pays qui ne me parle pas.

Au final, une lecture en demi-teinte, première découverte un peu mitigée d'un auteur.

Lecture: La maladroite


Résumé: Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d'une enfant de 8 ans. La photo est un choc pour une institutrice qui a bien connu cette gamine. Pour elle, pas de doute : cette Diana n'a pas été enlevée, elle est déjà morte, et ses parents sont coupables. Remontant le temps, le roman égrène les témoignages de ceux l'ayant côtoyée, enseignants, grand-mère et tante, médecins, assistants sociaux, gendarmes... Témoins impuissants de la descente aux enfers d'une enfant martyrisée par ses parents qui, malgré les incitations à parler de plusieurs adultes, refusera de les dénoncer. Ce roman est inspiré par un fait divers récent largement médiatisé car, en dépit de plusieurs signalements, l'enfant n'avait jamais bénéficié de protection. Loin de tout sensationnalisme, l'auteur rend sa dimension tragique à ce drame de la maltraitance. Ce choeur de voix, écrit dans une langue pure, sans pathos ni commentaires, tient le lecteur entre ses tenailles. Rares sont les romans ayant cette nécessité. Alexandre Seurat s'impose par la justesse de son écriture et de son regard. Un premier roman décisif.


Ce roman, je l'ai lu il y a quelques temps déjà, j'aurais dû le chroniquer sur le coup car il m'a beaucoup plu et beaucoup ému, mais j'ai été débordée par mes occupations, le boulot, la maison, et j'ai laissé filé ce que j'aurais pu vous en dire.

Cela dit, même si je n'ai plus tous les détails en tête, il me reste l'émotion qu'a suscité en moi la lecture de ce roman. Roman, oui, mais inspiré d'un fait divers, d'une histoire tellement horrible qu'on voudrait qu'elle ne soit pas vraie. Il me semble impossible en tant que mère qu'on puisse faire vivre ça à ses enfants.
Ce que j'ai trouvé terrible dans ce roman, c'est l'inéluctabilité de la fin: on sait comment l'histoire se termine, mais au fil des récits des témoins du calvaire de Diana, de ceux qui ont vu et tenté de faire quelque chose, on se prend à espérer que la fin soit heureuse, qu'ils arrivent à faire changer les choses. Mais ça n'a pas suffit, malgré les signalements, malgré les enquêtes....

On pourrait chercher qui est responsable, ce qu'il aurait fallu faire pour que le destin de Diana bascule, mais ce qui m'a rendu le plus triste, c'est que cette petite fille, malgré tout ce qu'elle a subi, malgré tout ce que ses parents lui ont fait, n'a jamais cessé de les aimer, ne les a jamais accusés même quand on l'interrogeait. Ils l'ont privé du droit élémentaire d'en enfant d'être aimé, d'être protégée, et son amour à elle n'a jamais faibli, elle leur à fait confiance à en mourir.

Un roman poignant, mais pas voyeur, qui se lit d'une traite, à découvrir même si il nous plonge dans un enfer qu'on ne voudrait que de fiction!

dimanche 7 février 2016

Lecture: rattrapage du temps perdu

Parce qu'il faut bien reconnaître qu'en ce moment j'ai moins le temps, et moins l'envie, de passer du temps derrière le clavier, j'ai laissé passer beaucoup de temps sans chronique mes lectures. La pile des retards augmente de jour en jour, et celle des livres que j'oublie une fois rendus à la bibliothèque aussi, j'ai donc décidé de faire un bref balayage de mes lectures de ces derniers temps, sans trop détailler, mais pour garder une trace, et si ça peut servir de conseil ;-)


L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage (Haruki Murakami):

Résumé: Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Ômi était Bleu ; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur. Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché. Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort. Il est devenu architecte, il dessine des gares. Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible. Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle. 

C'est Galéa qui encore une fois m'a donné envie de découvrir ce roman. Si j'ai peut-être été un peu moins convaincue qu'elle, j'ai aimé cet homme rejeté d'un coup par le groupe auquel il appartenait, et qui par amour va tenter de comprendre ce qui s'est passé. L'éclatement du groupe de lycée, je dois avouer que ça me parle, moi qui ai vécu ça à cause de mon départ dans une école de province après ma prépa. Pas pour les mêmes raisons que Tsukuru, et certainement moins douloureusement, même si près de 20 ans après, la piqure est toujours là!
Je pense que ce livre parle à chacun d'entre nous de ce chemin de notre adolescence vers l'âge adulte, de l'importance de nos choix mais aussi des conséquences de ces choix, qui font de nous ce que nous sommes maintenant.



Le chardonneret (Donna Tartt):

Résumé: Theo Decker a treize ans. Il vit les derniers instants de sa vie d’enfant. Survivant miraculeux d’une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d’un ami pour échapper aux services sociaux. Mais cette situation ne pourra être que temporaire. Désormais Theo va comprendre très jeune, qu’il ne peut compter que sur lui-même. Tout ce qui lui reste de cette journée où il a perdu sa mère, c’est un tableau, une toile de maître minuscule, envoûtante, infiniment précieuse et qu’il n’a pas le droit de posséder. Mais il ne peut plus s’en détacher. Et elle va l’entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l’art. 

Mes précédentes lectures de Donna Tartt ne m'avaient pas vraiment convaincues, mais sur les conseils de Lorraine, j'ai décidé de lire ce roman, et je dois reconnaître que cette fois je n'ai pas été déçue. Même si Théo n'est pas forcément un personnage toujours attachant, j'ai été emportée dans son histoire, touchée dès le début par le malheur qui lui arrive, et toutes les conséquences de la perte de sa mère, qui le laisse à la merci des adultes, sans pouvoir réellement choisir ce qu'il va devenir. Dès qu'il pense avoir retrouvé un peu de stabilité, et un avenir heureux, son destin bascule à nouveau. Théo essaye de vivre malgré le traumatisme, et au gré des rencontres qu'il fait, ses bons ou ses mauvais penchants surgissent (ou ressurgissent). Donna Tartt sait manier le suspense, et retourner la situation pour nous emporter toujours plus loin de façon inattendue, jusqu'au bout de ces presque 800 pages.
Il y a certes quelques longueurs, mais au final, une lecture que je ne regrette pas, merci Lorraine!


Ma mère, le crabe et moi (Anne Percin):

Résumé: Tania, 14 ans et demi, vit seule avec sa mère, dans un village du Puyde- Dôme. Vie tranquille, trop tranquille, depuis que ses parents ont divorcé et que son frère aîné est parti faire une école de sous-officiers. Mais l'annonce du cancer du sein de la mère va brutalement les projeter dans un monde plus instable et angoissant...

Je devais avoir à peu près l'âge de Tania quand ma mère nous a annoncé qu'elle avait un cancer du sein. Et si je n'ai jamais douté qu'elle guérisse, je me souviens de ce qu'a été sa vie, des retours de chimie où elle était épuisée, malade, des jours où elle ne voulait plus y aller. Je ne sais pas pourquoi j'ai emprunté ce roman, qui remue beaucoup de souvenirs, mais j'ai trouvé que traiter le sujet à partir du point de vue d'une ado confrontée à sa mère malade était très intéressant, et Anne Percin a su parler avec délicatesse d'une situation difficile. Bien sûr qu'il y a un côté un peu "idyllique" à ce roman, mais j'ai beaucoup aimé la complicité de la mère et de la fille, l'importance du soutien à la personne malade, y compris dans ce qui peut sembler le plus anodin, mais qui est le plus visible, la modification de l'apparence. Et j'ai aimé le combat de Tania contre elle même, avec son inscription au cross, en parallèle du combat de sa mère contre sa maladie, avec en point final une vie qui repart! Mais j'ai aussi aimé que Tania reste une ado normale, avec ses brouilles de copines et ses débuts amoureux, parce que c'est ce que j'ai vécu, moi aussi, voulant rester comme les autres même quand la vie chamboulait notre quotidien!


Kinderzimmer (Valentine Goby):

Résumé: En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l'énergie de survivre, au plus profond d'elle-même, puiser chaque jour la force d'imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt-deux ans ; elle est enceinte, mais elle ne sait pas si ça compte, ni de quelle façon.

Ce roman est magnifique, bouleversant, et en même temps très dur. Tout y est dit, la souffrance, les humiliations, les privations, la maladie, la promiscuité, l'enfer quotidien vécu par ces femmes dans un camp, où dès leur arrivée on les prive de leur dignité, de leurs habits, pour les entasser dans des baraquements où manque la place, où la nourriture est insuffisante,  où l'hygiène est illusoire, et où malgré tout elles tentent de survivre, jour après jour, malgré les pertes, malgré la douleur.
Dans cet enfer, comment imaginer vivre une grossesse, quand survivre est déjà une lutte en soi, comment donner la vie quand on n'en a plus? Malgré l'horreur de la situation, ce roman est aussi porteur d'espoir: les femmes s'entraident, les plus âgées expliquent à Mila ce qui se passe pendant une grossesse, jouent le rôle de la mère qu'elle n'a pas eue; celles qui sortent tentent de rapporter des médicaments, de la nourriture, des vêtements pour les plus faibles, les plus malades; et que dire de ces mères solidaires, qui nourrissent l'enfant d'une autre, ou qui adoptent l'enfant d'une morte pour lui donner une espoir de vivre?
Valentine Goby ne nous épargne rien de cet enfer, ses mots nous transportent dans l'univers du camp, mais tout en justesse, sans sombrer dans le mélodrame, rendant cette histoire profondément réelle.
Une lecture pas loin du coup de coeur, que je vous recommande sans hésiter!


Fleur de Neige (Lisa See):

Résumé: Fleur de neige Dans la Chine du XIXe siècle, le destin de deux jeunes filles est lié à tout jamais. Fleur de Lis, fille de paysans, et Fleur de Neige, d'origine aristocratique, sont nées la même année, le même jour, à la même heure. Tous les signes concordent : elles seront laotong, âmes soeurs pour l'éternité. Les deux fillettes grandissent, mais si leur amour ne cesse de croître, la vie s'acharne à les séparer. Alors que la famille de Fleur de Neige tombe en disgrâce et que la jeune fille contracte le mariage le plus infamant qui soit, Fleur de Lis, par son union, acquiert reconnaissance et prospérité. L'amitié sacrée des deux femmes survivra-t-elle au fossé que le destin a creusé entre elles ?

Emprunté sur les conseils de Clémence, ce roman nous plonge dans la Chine et ses traditions: le bandage des pieds, la place des femmes dans la société et les familles, les mariages arrangés, l'importance d'avoir un garçon, les castes sociales.... Mais c'est aussi un roman sur l'amitié entre deux femmes, une amitié arrangée au départ, comme les mariages, mais qui va grandir avec les deux fillettes, pour se retrouver confrontée aux aléas de la vie, aux dissimulations, aux incompréhensions. Une lecture agréable, qui nous apprend beaucoup de choses sur un monde qui nous est totalement étranger.


Tarte aux pommes et fin du monde (Guillaume Siaudeau):

Résumé: Dans une ville de province aux faux airs de Far West un garçon tendre et curieux découvre qu'il n'est pas le seul à se sentir isolé.
Un garçon et une fille s'éprennent tandis que la caissière cherche laborieusement le code-barres d'une boîte de maquereaux. Il s'attache à un collègue en manutentionnant des palettes de conserves pour animaux. Puis il remercie la propriétaire de son petit appartement pour la tarte aux pommes qu'elle lui apporte. En un mot il apprécie la vie telle qu'elle est. Mais, s'il a bien compris que les chiens ne volent pas – contrairement aux claques – il ignore encore l'usage que l'on peut faire d'un revolver.
Avec un sens de l'économie du récit sidérant, Guillaume Siaudeau nous raconte le sourire aux lèvres l'épopée ordinaire d'un doux rêveur qui se lance dans la plus belle des aventures, celle qu'il appelle " le monde et moi ".

Lu sur une recommandation de Miss Léo au détour d'un de ses posts,  je dois avouer que je suis passée complètement à côté de ce roman. L'écriture est fluide, le roman se lit bien, mais je ne suis pas sure d'avoir compris ce que l'auteur cherchait à nous dire. Résultat, une lecture en demi-teinte qui me laisse une sensation d'inachevé, je suis donc preneuse de vos avis si vous l'avez lu!


La singulière tristesse du gâteau au citron (Aimee Bender):

Résumé: Le jour de ses neuf ans, Rose Edelstein mord avec délice dans le gâteau au citron préparé pour l'occasion. S'ensuit une incroyable révélation : elle ressent précisément l'émotion éprouvée par sa mère, alors qu'elle assemblait les couches de génoise et de crème. Sous la douceur la plus exquise, Rose perçoit le désespoir. Ce bouleversement va entraîner la petite fille dans une enquête sur sa famille. Car, chez les Edelstein, tous disposent d'un pouvoir embarrassant : odorat surpuissant ou capacité de se fondre dans le décor au point de disparaître. Pour ces superhéros du quotidien, ce don est un fardeau. Chacun pense être affligé d'un mal unique, d'un pouvoir qu'il faut passer sous silence. Comment vivre lorsque les petits arrangements avec la vérité sont impossibles ? Comment supporter le monde lorsque la moindre bouchée provoque un séisme intérieur ?

Le résumé me donnait bien envie de découvrir ce roman, et cette petite fille douée d'un don particulier, qui lui permet de décrypter dans les plats à la fois l'origine de tous les ingrédients, mais aussi l'état d'esprit de celui qui l'a préparé. Quel poids à porter pour une petite fille que d'être capable de comprendre ce que sa mère ou son frère ne veulent pas exprimer, quelle angoisse aussi. Si j'ai bien adhéré au don de Rose, et à ses conséquences sur sa vie (à l'extrême on est à la limite de la réalité), j'ai beaucoup moins accroché avec le don de son frère, qui là sort totalement de la rationalité. Du coup là encore une lecture en demi-teinte, lecture facile mais un peu trop "fantaisiste" à mon goût!


dimanche 17 janvier 2016

Lecture: La trilogie berlinoise

Presque deux mois sans billet, pourtant j'ai lu, mais pas le temps (et pas forcément l'envie non plus) de chronique mes lectures (par ailleurs réduites aussi cela dit, la fatigue de la fin de l'année m'a plus facilement poussée devant la télé...).

Pour reprendre, une trilogie qui m'avait été recommandée par différents membres de ma famille et de celle de Mr Souris (et j'ai tendance à me fier à des sources concordantes sans lien entre elles ;-)), qui m'a accompagnée pendant mes vacances de Noël.

Résumé général: Publiés pour la première fois entre 1989 et 1991, L'Eté de cristal, La Pâle Figure et Un requiem allemand ont pour toile de fond le IIIe Reich à son apogée et, après la défaite, l'Allemagne en ruine de 1947. Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise, est devenu détective privé. Désabusé et courageux, perspicace et insolent, Bernie est à l'Allemagne nazie ce que Philip Marlowe est à la Californie de la fin des années 1930 : un homme solitaire, témoin de son époque.
Des rues de Berlin "nettoyées" pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux olympiques à celles de Vienne la corrompue, Bernie enquête au milieu d'actrices et de prostituées, de psychiatres et de banquiers, de producteurs de cinéma et de publicitaires. La différence avec un film noir d'Hollywood, c'est que les principaux protagonistes s'appellent Heydrich, Himmler et Goering....     
Le premier tome se déroule à Berlin en 1936. Bernie est chargé par un des plus gros industriels de retrouver l'auteur des meurtres de sa fille et de son gendre, ainsi que le contenu du coffre qui a été dévalisé.

Le deuxième tome se déroule en 1938, et Bernie va être forcé de réintégré la Kripo par Heydrich lui-même, pour retrouver le tueur en série de jeunes adolescentes allemandes.

Dans le troisième tome, on est en 1947, Berlin est occupée par les troupes alliées et russes. Bernie rentré de la guerre se retrouve à Vienne pour venir en aide à un ancien collègue de la Krio, qui risque la peine de mort.

Bernie est un privé "à l'ancienne", un homme avec des valeurs, capable de franchir certaines limites, mais qui refuse de céder à l'appel du nazisme (au point d'avoir démissionné de la police). Il a ses méthodes, il est un peu désabusé, mais est capable en 36 de travailler pour et avec des juifs malgré l'ambiance antisémite qui monte, se débrouille pour éviter de se plier aux règles imposées par le pouvoir en place...

La toile de fond est très intéressante: on y découvre les profiteurs du régime, les opportunistes profitant de la montée de ce nouvel ordre pour faire fortune ou prendre le pouvoir, les luttes intestines du parti nazi et de ses différentes factions, et dans le troisième tome l'occupation et les rivalités entre les alliés et les russes, les contraintes imposées aux Berlinois soumis à cette occupation, et finalement la prise de contrôle des Russes sur la ville, prémices de l'Histoire en marche.

Au final, une lecture agréable, qui m'a donné envie de lire les autres tomes de la série des aventures de Bernie Gunther, qui débutent avant le premier tome de la trilogie, et s'intercalent entre les tomes.